Vous pouvez changer de vie … mais vous vous emmenez avec vous
Il existe, dans la vie de beaucoup d’êtres humains, une agitation fine, répétitive, presque mécanique, qui semble s’être installée au fil du temps comme un bruit de fond permanent, un courant intérieur qui ne se voit pas mais qui finit par colorer tout ce que la personne vit, comme si chaque scène du quotidien devenait le prétexte idéal pour confirmer ce malaise silencieux, et cette agitation, parce qu’elle fait partie du paysage interne depuis si longtemps, n’est jamais identifiée comme étant la véritable source de souffrance, ce qui pousse l’être humain à chercher des causes partout sauf là où elles naissent réellement, et le voilà convaincu que ce sont les autres, les endroits, les circonstances, la ville, la maison, le conjoint, le travail, ou même la société entière qui sont responsables de son inconfort, alors qu’en réalité, ce qu’il fuit sans le savoir, ce n’est pas un lieu, mais lui-même, et c’est ainsi qu’il nourrit l’illusion que tout ira mieux s’il change d’extérieur, alors qu’il s’emmène partout avec lui.
Le quotidien invisible d’une personne qui vit constamment dans la tension.
Imaginez une femme qui rentre chez elle le soir, non pas comme on rentre dans un refuge, mais comme on entre dans un lieu saturé d’obligations et de déclencheurs invisibles, et dès que la porte s’ouvre, les premiers mots qu’elle prononce ne sont ni un bonsoir, ni un sourire, ni un souffle, mais un reproche lancé à la volée parce qu’une voiture gêne l’accès à la maison, un second reproche parce que les voisins ont encore pris plusieurs places, puis un troisième reproche en voyant un objet qui n’a pas été rangé, et sans même retirer son manteau, elle se jette dans une série de gestes brusques, attrape un balai, ouvre le sèche-linge d’un coup sec, découvre du linge non sorti, soupire, accuse, explique qu’elle n’est “pas aidée”, qu’elle doit “penser à tout”, qu’on ne fait “jamais attention”, comme si chacune de ces petites scènes prouvait qu’elle est seule à porter le monde sur ses épaules, alors que ce qui la pèse n’est pas ce qu’elle voit… mais ce qu’elle ressent depuis longtemps.
Et toute la soirée se déroulera ainsi, dans un flot continu de plaintes, de critiques, de petites explosions, de soupirs, de ruminations, comme si le moindre détail devenait une attaque personnelle, et quand la nuit finit par tomber, elle ne s’endormira pas en paix, mais épuisée, vidée, encore agitée, sans comprendre que toute cette agitation vient d’un endroit intérieur qu’elle n’a jamais appris à regarder.
Pourquoi elle croit que son malaise vient de l’extérieur.
Ce qu’elle ignore, et ce que la plupart des êtres ignorent pendant des années, c’est que l’être humain ne voit jamais la réalité telle qu’elle est, mais telle qu’il est, et ainsi, si l’intérieur est tendu, le monde semble hostile, si l’intérieur est fatigué, tout devient une charge, si l’intérieur est inquiet, chaque détail se transforme en menace, et lorsque cette femme s’agace, ce n’est pas la faute du linge, ni des voitures, ni des voisins, ni même de sa famille : c’est son état intérieur qui cherche un exutoire, et parce qu’elle ne voit jamais cet état, elle croit que l’extérieur doit changer pour qu’elle aille mieux.
Alors elle nourrit cette croyance très répandue, presque universelle, que si elle changeait de maison, si elle changeait de ville, si elle changeait de travail, si elle changeait d’entourage, si elle refaisait sa vie ailleurs, tout deviendrait plus facile, plus léger, plus simple, et elle s’imagine que “là-bas”, tout sera différent, parce que ce qu’elle ressent aujourd’hui lui semble être provoqué par “ici”.
Mais ce n’est jamais “ici” qui fait souffrir.
C’est ce qu’elle porte en elle lorsqu’elle arrive “ici”.
L’illusion massive : croire qu’un nouveau décor crée une nouvelle vie.
On dit souvent que l’être humain cherche la liberté, mais en réalité, il cherche davantage l’allègement, l’impression de respirer enfin, de recommencer ailleurs sans ses anciennes tensions, sans ses anciennes blessures, sans ses anciens schémas, et c’est ainsi que naît l’une des illusions les plus résistantes : penser qu’un changement extérieur créera un changement intérieur.
Pourtant, la vérité est simple, directe, et incontestable : on ne peut pas fuir ce que l’on porte en soi.
Une personne anxieuse sera anxieuse dans une maison neuve.
Une personne en colère sera en colère dans une autre ville.
Une personne saturée sera saturée dans un autre pays.
Une personne qui reproche reprochera encore demain.
Une personne qui s’épuise s’épuisera ailleurs.
Parce que la vie ne change jamais tant que l’intérieur ne change pas.
Et c’est précisément à cet endroit que Demartini apporte une compréhension essentielle.
Le “coup de foudre” selon Demartini : l’euphorie trompeuse de la nouveauté.
Il existe dans tout changement extérieur, déménagement, nouveau travail, nouvelle relation, nouvelle maison, nouvelle ville, un phénomène extrêmement puissant que John Demartini appelle le coup de foudre, non pas au sens romantique, mais au sens d’un emballement émotionnel qui se déclenche chaque fois que l’être humain touche quelque chose de nouveau, comme un surgissement de lumière intérieure, un élan soudain, une excitation magique qui fait croire que tout a changé alors que rien n’a changé en profondeur, car cette vague de nouveauté agit comme une sorte d’anesthésiant émotionnel qui masque, pour un temps très court, l’état intérieur réel.
Pendant quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, tout semble plus beau, plus vibrant, plus simple, comme si la vie avait enfin décidé de coopérer, comme si le passé était laissé derrière soi, comme si cette fois, enfin, tout serait différent, et la personne se convainc sincèrement que cette nouvelle vie est la bonne, que ce nouveau décor est la solution, que ce nouveau monde est la délivrance.
Mais Demartini explique avec une lucidité remarquable que ce coup de foudre ne peut être que temporaire, parce qu’il repose uniquement sur la stimulation de la nouveauté, et lorsque cette stimulation disparaît, ce qui est inévitable, l’être humain retrouve automatiquement son état intérieur d’origine, avec la même vitesse qu’un ressort reprend sa forme naturelle, et c’est à ce moment précis que tout redevient comme avant : les mêmes irritations réapparaissent, les mêmes tensions reviennent, les mêmes émotions remontent à la surface, les mêmes réactions se manifestent, comme si la nouvelle vie révélait soudain qu’elle n’était que l’ancienne repeinte.
Et la personne, perplexe, déçue, parfois brisée, se demande : “Pourquoi tout revient comme avant ?”
La réponse est simple : parce que l’intérieur n’a jamais été transformé.
Le vrai changement commence là où l’on ne veut pas regarder.
Ce que beaucoup de gens ne voient pas, parce qu’ils n’ont jamais appris à se regarder autrement que par leurs pensées, c’est que le monde extérieur n’est jamais la cause, mais toujours le miroir, et que tant que l’intérieur reste inchangé, aucune nouvelle vie ne peut véritablement commencer, parce que la manière de ressentir, de réagir, de penser, de percevoir, de se défendre et de s’agiter restera toujours la même, même sous un soleil différent.
Le vrai changement commence dans la reconnaissance de ses propres tensions, dans la compréhension de ses propres émotions, dans l’accueil de ses propres blessures, dans la douceur que l’on se donne, dans l’espace que l’on se crée, dans la respiration que l’on retrouve, dans la présence que l’on développe, dans la capacité de se voir sans se juger et sans se fuir, et lorsque cet espace intérieur commence à se transformer, même légèrement, même timidement, même par micro-déplacements, alors le monde extérieur, sans avoir changé, devient complètement différent.
Parce que ce n’est pas le décor qui crée la paix.
C’est la paix qui éclaire le décor.
Quand l’intérieur retrouve sa place, la vie redevient vivable.
Lorsque l’être humain commence à se relâcher intérieurement, même un tout petit peu, même sur un seul point, même dans une seule zone de sa vie, quelque chose se réorganise avec une clarté qui surprend, parce que les mêmes scènes deviennent moins agressives, les mêmes personnes deviennent moins irritantes, les mêmes situations deviennent moins lourdes, et ce qui semblait être un problème massif devient un simple événement parmi d’autres, non pas parce que la vie a changé, mais parce que l’être qui la traverse a changé de point d’appui.
Il suffit parfois d’un souffle plus long, d’un regard plus doux, d’un millimètre de présence, pour que le monde entier semble s’être apaisé.
La maison devient un refuge.
Les relations deviennent des terrains de compréhension.
Les obligations deviennent plus légères.
Et la vie redevient vivable.
Non pas parce qu’elle a changé.
Mais parce que vous avez changé en elle.
Ce que vous portez vous suit, jusqu’à ce que vous appreniez à le déposer.
On peut traverser la planète, refaire mille fois sa vie, chercher ailleurs ce que l’on ne trouve pas ici, s’imaginer que l’herbe est plus verte, que les gens sont différents, que le quotidien sera plus simple sous un autre ciel, mais tant que l’on n’a pas appris à regarder ce qui se passe en soi avec honnêteté, douceur et présence, tant que l’on n’a pas apaisé ce qui s’agite, tant que l’on n’a pas accueilli ce qui fait mal, tant que l’on n’a pas rencontré son propre monde intérieur, alors aucune destination ne pourra réellement nous accueillir.
Car le problème n’est jamais l’endroit. Il est dans la manière dont vous y arrivez.
Vous pouvez changer de vie, de maison, de pays, de décor, mais tant que l’intérieur reste identique, l’extérieur reviendra toujours au même endroit.
On ne peut pas fuir ce que l’on porte en soi.
Et le jour où vous comprenez cela, non pas dans votre tête mais dans votre respiration, alors vous réalisez que le vrai changement ne commence jamais là-bas… mais ici, dans ce souffle, dans ce regard, dans cette présence qui enfin se tourne vers vous.
“Avec Amour”. — changer ma vie