Le rappel des perroquets : revenir ici, là où la vie attend
Il existe, au milieu de toutes les histoires que nous avons un jour croisées et de toutes celles que nous avons oubliées, des récits d’une simplicité telle qu’ils semblent d’abord appartenir à ces petites fables que l’on raconte pour détendre l’atmosphère, mais qui, lorsqu’on les écoute plus profondément, révèlent une vérité étonnamment solide sur notre manière de vivre, et l’histoire rapportée par Eckhart Tolle au sujet d’une île où les habitants avaient appris à des perroquets à répéter inlassablement « Attention… ici et maintenant » fait partie de ces récits qui s’insinuent en nous comme une lumière douce, non pas parce qu’ils révèlent quelque chose que nous ignorions, mais parce qu’ils nous rappellent quelque chose que nous savons depuis toujours mais que nous avons laissé s’effacer sous les couches épaisses de nos pensées, de nos peurs, de nos anticipations et de toutes ces préoccupations qui nous éloignent, minute après minute, de l’unique endroit où la vie se déploie vraiment : l’instant présent.
L’histoire des perroquets : un rappel plus profond qu’il n’y paraît.
Sur cette île reculée où les journées semblaient s’écouler au rythme de la mer et où le vent, en passant, avait l’air d’emporter une partie des pensées de chacun, les habitants avaient pour habitude, depuis des générations, d’enseigner à des perroquets une seule phrase, une phrase si simple qu’elle aurait pu passer pour un jeu d’enfant, mais que les oiseaux répétaient, avec cette ponctualité presque amusante, dans les arbres, sur les toits, près des marchés ou même en suivant les pêcheurs sur la plage, et cette phrase, toujours la même, toujours prononcée avec un mélange de neutralité et de clarté, semblait être déposée dans l’air comme une offrande à ceux qui l’entendaient : « Attention… ici et maintenant. »
Et ce qui aurait pu demeurer un simple folklore local était en réalité devenu, au fil des années, un véritable mécanisme d’éveil collectif, car chaque fois qu’un habitant se perdait dans ses pensées, chaque fois qu’un souci prenait trop de place, chaque fois que l’esprit se mettait à voyager dans un futur imaginaire ou à revisiter un passé déjà terminé, un perroquet surgissait quelque part et rappelait, avec une innocence presque comique, que la personne était en train de quitter sa vie réelle pour se perdre dans une vie fictive, et alors, sans effort, la respiration se détendait, les épaules s’abaissaient, le corps se relâchait, le regard se clarifiait, comme si ces trois mots, attention, ici, maintenant, possédaient la capacité de réorienter l’être humain vers ce qui se passe vraiment.
Pourquoi nous nous éloignons sans cesse du présent : un mécanisme aussi ancien qu’invisible.
Si nous observons honnêtement la manière dont nous vivons, nous réalisons rapidement que notre esprit est une sorte de voyageur compulsif qui, sans même nous demander notre accord, s’échappe vers l’avenir pour y construire ce qui pourrait arriver, ou replonge dans le passé pour y analyser ce qui aurait pu être différent, et ce mécanisme, profondément humain, n’est pas un défaut mais un héritage biologique dont la fonction, autrefois, était de nous protéger, de prévoir le danger avant qu’il n’apparaisse, d’interpréter les souvenirs pour éviter qu’une erreur ne se répète, mais qui, aujourd’hui, dans un monde où le danger n’est plus un prédateur surgissant des fourrés mais plutôt un problème administratif, une conversation inconfortable ou un événement émotionnel, se transforme en une machine à fabriquer de l’inquiétude, de la tension, de la confusion.
Et alors, le mental, croyant bien faire, anticipe tout, imagine tout, projette tout, au point que nous passons parfois des heures entières, des jours parfois, loin de ce que nos mains sont en train de toucher, loin de ce que notre corps est en train de ressentir, loin de ce que nos yeux sont réellement en train de voir, et dans ce décalage entre le monde intérieur et le monde extérieur, quelque chose se rigidifie, quelque chose se brouille, comme si l’on tentait de vivre plusieurs vies simultanément, alors que la seule vie qui nous est accessible, la seule vie que nous pouvons réellement toucher, façonner, respirer, est celle qui se déroule maintenant.
Revenir au présent : un mouvement simple, discret, presque imperceptible mais d’une puissance inouïe.
Revenir au présent ne demande ni discipline rigide, ni effort colossal, ni volonté héroïque, car revenir ici n’est pas une performance, c’est un geste intérieur, presque invisible, un glissement, une réorientation douce, comme lorsque l’on tourne légèrement la tête pour regarder quelque chose que l’on avait négligé, et ce geste, si simple en apparence, a la capacité de changer complètement la manière dont nous vivons un instant, un événement, une émotion.
Ce retour peut passer par une respiration plus lente, par une sensation corporelle, par le contact des pieds sur le sol, par un mot que l’on répète intérieurement, une micro-pause, une main posée sur le sternum, un regard porté réellement sur la scène que l’on est en train de vivre, car revenir au présent consiste simplement à replacer sa conscience dans ce qui est, maintenant, sans chercher à le fuir, sans chercher à l’améliorer immédiatement, sans chercher à le transformer avant même de l’avoir accueilli, et c’est précisément cette simplicité qui lui confère sa force : revenir ici, c’est revenir à l’endroit où tout commence.
Le prix silencieux de l’oubli : ce que nous coûte le fait de ne pas être présent.
Chaque fois que nous quittons le présent, quelque chose en nous se contracte, quelque chose en nous se tend, quelque chose en nous se met à courir sans avancer, comme si notre esprit, happé par une histoire intérieure, perdait le contact avec ce que notre corps vit réellement, et cette dissociation, que nous considérons souvent comme normale, a pourtant un coût immense : l’anxiété augmente, la clarté diminue, la respiration se réduit, la perception se trouble, les émotions se bousculent, les décisions deviennent lourdes, les relations plus complexes, et la vie entière semble se charger d’un poids invisible.
À l’inverse, dès que nous revenons ici, même pour quelques secondes, même pour un souffle, même pour un regard posé avec intention, quelque chose s’allège, quelque chose s’éclaire, quelque chose respire, parce que la vie retrouve sa juste dimension, non pas un mur immense contre lequel nous nous écrasons, mais un simple pas à faire, un simple geste à poser, une simple réalité à accueillir.
Revenir ici, c’est redonner à la vie sa taille humaine.
Le perroquet intérieur : créer en soi le rappel qui ramène à la maison.
L’image de ces perroquets est si simple, si naïve, presque enfantine, qu’elle en devient puissante, parce qu’elle nous rappelle que nous n’avons pas besoin de concepts compliqués pour revenir à nous-mêmes, mais seulement d’un rappel, d’un signal, d’un mot, d’un souffle, d’un geste, quelque chose qui, dès qu’il apparaît, nous murmure doucement que nous sommes en train de partir trop loin.
Ce rappel intérieur peut prendre la forme d’une phrase courte, “Je reviens ici”, “Juste maintenant”, “Je suis là”, ou d’un ancrage corporel, comme sentir la respiration descendre dans le ventre, ou encore d’un objet que l’on porte sur soi, un bracelet, une photo, une pierre, ou même d’un geste discret que l’on répète régulièrement, comme si l’on activait un interrupteur qui ramène l’esprit à son axe naturel.
Il n’existe pas de règle, pas de méthode unique, pas de stratégie parfaite ; ce qui compte, c’est d’avoir un rappel, un écho intérieur, une sorte de perroquet invisible posé sur l’épaule qui dit, avec douceur mais avec constance : « Attention… ici et maintenant. »
Le présent n’est pas un état permanent : c’est un mouvement, un retour, un rythme.
Il est essentiel de le comprendre : l’objectif n’est pas de rester présent en permanence, car aucun être humain ne pourrait fonctionner ainsi sans renoncer à une partie de son humanité, de sa créativité, de sa mémoire, de sa capacité à planifier ; l’objectif n’est pas d’être présent tout le temps, mais de savoir revenir, encore et encore, dans un mouvement naturel, sans se juger, sans se brusquer, sans croire que l’on échoue chaque fois que l’on s’égare.
La présence n’est pas un état fixe, c’est un va-et-vient, un souffle, une pulsation, un retour, et chaque retour affine un peu plus la sensibilité, renforce un peu plus la clarté, adoucit un peu plus la relation que nous entretenons avec nous-mêmes, jusqu’à ce que l’instant présent ne devienne plus un exercice, mais une manière d’être, discrète, fluide, naturelle.
Le présent comme seule maison.
L’histoire des perroquets n’est pas seulement un récit charmant ; c’est une métaphore d’une vérité fondamentale : nous passons une grande partie de notre vie à quitter le seul endroit où la vie existe réellement, non parce que nous sommes distraits ou faibles, mais parce que notre esprit est conçu ainsi, et c’est précisément pour cette raison que nous avons besoin de rappels, de phares, de signaux qui nous ramènent doucement vers la maison intérieure que nous quittons sans cesse.
Revenir ici, c’est revenir là où la vie est vivante, là où les choix sont possibles, là où la paix existe réellement, là où l’on peut comprendre, décider, créer, aimer, sentir.
une question qui ramène à soi.
Alors, à partir d’aujourd’hui, posez-vous cette question, non pas comme un exercice, mais comme un geste de tendresse envers vous-même :
“Suis-je ici… ou ailleurs ?”
Et dès que vous sentez que vous êtes “ailleurs”, rappelez-vous qu’il suffit d’un mot, d’une sensation pour revenir, car l’instant présent ne vous attend pas en vous jugeant, il vous attend simplement en vous ouvrant la porte.
“Avec Amour”. — changer ma vie