Trouver la paix intérieure : ce que nous avions avant d’apprendre à nous en éloigner
Il arrive un moment dans la vie où l’on ne cherche plus à comprendre davantage, à réussir plus, ni même à changer radicalement ce que l’on vit, mais simplement à ressentir moins de tension à l’intérieur, moins de lutte silencieuse, moins de bruit mental, comme si, derrière toutes les quêtes accumulées, une aspiration plus simple cherchait à émerger, celle de retrouver un état intérieur stable, habitable, que l’on appelle souvent la paix intérieure sans toujours savoir ce que ce mot recouvre réellement.
La paix intérieure est fréquemment imaginée comme un état idéal, un calme permanent que l’on atteindrait lorsque tout irait enfin bien, lorsque les problèmes seraient réglés, les émotions apaisées et les pensées silencieuses, mais cette vision entretient souvent une confusion, car elle place la paix dans un futur conditionné à des circonstances extérieures, alors que l’expérience montre que même lorsque la vie s’améliore, l’agitation intérieure peut persister, parfois de manière encore plus subtile.
Pour comprendre ce qu’est réellement la paix intérieure, il est parfois utile de revenir au tout début de la vie, non pas pour idéaliser l’enfance, mais pour observer un fonctionnement qui n’était pas encore chargé de couches mentales inutiles.
Un bébé, juste après sa naissance, ne vit pas dans une paix émotionnelle constante, car il traverse des inconforts réels et intenses, la faim, le froid, la fatigue, la douleur, la séparation, et lorsqu’il pleure, il vit pleinement ce qu’il ressent, sans filtre et sans distance, mais ce qui le distingue profondément de l’adulte, c’est qu’il ne résiste pas à ce qui le traverse, il ne l’analyse pas, il ne s’y identifie pas, et surtout, il ne le prolonge pas.
Lorsque le besoin est comblé, lorsque la sécurité revient, l’émotion se dissout naturellement, et le bébé retourne à un état neutre, calme, détendu, sans garder de trace mentale de ce qui vient de se passer, alors que l’adulte, lui, a appris à retenir l’expérience, à la commenter, à la rejouer intérieurement, à l’anticiper à nouveau, transformant ainsi un événement ponctuel en tension durable.
La différence n’est donc pas que le bébé serait “toujours en paix”, mais qu’il vit sans séparation intérieure, sans cette distance créée par le commentaire permanent, et c’est cette absence de séparation qui donne l’impression d’une paix naturelle, spontanée, non fabriquée.
Avec le temps, en grandissant, l’être humain apprend à penser, à se protéger, à anticiper, à se définir, et ces apprentissages sont nécessaires pour évoluer dans le monde, mais ils ont un effet secondaire rarement questionné : ils installent une activité mentale constante qui maintient le corps et le système intérieur dans un état d’alerte chronique, même lorsque rien de grave ne se produit.
Ce que l’on appelle agitation intérieure chez l’adulte n’est donc pas toujours le signe d’un problème réel, mais souvent le résultat d’un fonctionnement appris, d’un système intérieur habitué à rester tendu, vigilant, contracté, comme si la vie devait en permanence être contrôlée, comprise ou corrigée pour être supportable.
Trouver la paix intérieure ne consiste alors pas à revenir en arrière, ni à effacer la pensée, ni à éliminer les émotions, mais à retrouver consciemment cette capacité que le bébé possède naturellement : vivre pleinement ce qui est là, sans s’y accrocher, sans s’y opposer, sans en faire une identité.
La paix intérieure commence lorsque vous cessez de lutter contre vos pensées et vos émotions, non pas en les acceptant par principe, mais en reconnaissant qu’elles sont des mouvements passagers, et non des vérités absolues sur ce que vous êtes, car plus vous cherchez à les faire taire, plus vous leur donnez de l’importance, alors que lorsque vous les laissez exister sans résistance excessive, elles perdent naturellement de leur emprise.
Très souvent, ce retour à la paix passe d’abord par le corps, bien avant le mental, car le corps conserve les traces de l’état d’alerte prolongé, les respirations courtes, les mâchoires serrées, les épaules tendues, et tant que ce terrain physique reste contracté, l’esprit peine à se poser, alors que lorsque le corps commence à se détendre, le mental suit, sans effort particulier.
Ralentir la respiration, relâcher les zones de tension, marcher sans objectif, regarder sans analyser, écouter sans préparer de réponse, sont autant de gestes simples qui envoient au système intérieur un message de sécurité, permettant peu à peu à l’agitation de se dissiper, non parce qu’elle est combattue, mais parce qu’elle n’est plus nécessaire.
Trouver la paix intérieure, ce n’est donc pas devenir indifférent ou détaché de la vie, mais apprendre à traverser l’expérience sans s’y perdre, comme le fait naturellement un bébé, mais avec la conscience et la maturité de l’adulte, en retrouvant cette capacité oubliée à revenir à un état stable une fois la perturbation passée.
Peut-être découvrirez-vous alors que la paix que vous cherchiez n’a jamais été absente, mais simplement recouverte par le rythme, les attentes, les conditionnements, et que ce que vous appelez quête n’est en réalité qu’un rappel, une invitation à cesser de vous éloigner de vous-même.
La paix intérieure n’est pas un état parfait à atteindre, mais un espace à reconnaître, un espace déjà là, disponible à chaque instant où vous choisissez, même brièvement, de ne plus résister à ce qui est.
“Avec Amour”. — changer ma vie