Souviens-toi

Parfois, sans que vous sachiez vraiment pourquoi, quelque chose en vous se met à vibrer sans raison apparente, comme un écho discret mais persistant, une impression étrange de déjà-connu, un sentiment que cette vie que vous menez, avec ses habitudes, ses contraintes et ses certitudes, n’épuise pas entièrement ce que vous êtes, et que derrière les gestes quotidiens, derrière les rôles que vous jouez et les histoires que vous racontez sur vous-même, il existe une profondeur oubliée qui attend simplement d’être reconnue.

Souviens-toi n’est pas une injonction, ni un ordre, ni même un objectif à atteindre, mais plutôt un murmure intérieur, une invitation douce à tourner votre regard vers ce qui a toujours été là, avant les conditionnements, avant les peurs apprises, avant les identités construites pour être acceptées, aimées ou simplement pour survivre dans un monde qui valorise plus souvent le faire que l’être.

Dans l’enfance, ce souvenir est encore vivant, non pas sous forme de mots ou de concepts, mais comme un état naturel, une manière d’habiter l’instant sans se poser la question de sa valeur, sans se demander si l’on est suffisant, légitime ou en retard, car l’enfant ne cherche pas à se rappeler qui il est, il l’est simplement, pleinement, sans distance intérieure, sans dialogue mental permanent pour commenter chaque émotion, chaque geste, chaque pensée.

Puis vient le temps où l’on apprend à se définir, à se comparer, à se projeter, à s’évaluer, et peu à peu ce souvenir s’estompe, non parce qu’il disparaît, mais parce qu’il est recouvert par des couches successives d’attentes, de peurs et d’histoires répétées, jusqu’à ce que l’on en vienne à croire que l’on est devenu ce personnage que l’on incarne au quotidien, oubliant que ce rôle n’est qu’une expression partielle de quelque chose de bien plus vaste.

Se souvenir, dans ce sens, ne consiste pas à retrouver un passé lointain ou une mémoire précise, mais à reconnaître ce qui demeure intact derrière les fluctuations de l’humeur, les succès et les échecs, les périodes de clarté comme les moments de confusion, car ce qui observe tout cela en vous n’a jamais été atteint par ces variations, il a simplement été mis en arrière-plan, comme une présence silencieuse que l’on cesse d’écouter faute d’attention.

Souviens-toi lorsque vous sentez que vous forcez, lorsque la vie devient une lutte permanente contre vous-même, contre les autres ou contre le temps, car ce sentiment de tension est souvent le signe que vous vous êtes identifié à une image étroite de vous-même, oubliant la souplesse, la profondeur et la simplicité de ce que vous êtes avant de vouloir contrôler le résultat.

Souviens-toi aussi dans les moments de calme inattendu, lorsque le mental se tait quelques secondes, lorsque le paysage que vous regardez semble vous regarder en retour, lorsque vous respirez sans y penser et que, sans raison particulière, tout paraît juste, à sa place, car ces instants ne sont pas des anomalies, ils sont des rappels, des ouvertures naturelles vers cet état fondamental que vous n’avez jamais réellement quitté.

Il n’est pas nécessaire de comprendre intellectuellement ce souvenir pour qu’il opère, car plus vous cherchez à le saisir par la pensée, plus il se dérobe, comme un horizon qui recule à mesure que l’on avance, alors qu’il se révèle précisément lorsque l’effort cesse, lorsque vous acceptez de ne rien ajouter, de ne rien corriger, de ne rien devenir de plus que ce que vous êtes déjà, ici et maintenant.

Souviens-toi enfin que ce chemin n’est pas linéaire, qu’il ne mène pas vers un état permanent de paix ou de clarté parfaite, mais vers une relation plus honnête avec vous-même, où même la confusion, la fatigue ou le doute sont accueillis comme des mouvements passagers et non comme des preuves d’échec, car se souvenir ne signifie pas ne plus tomber, mais ne plus se perdre complètement dans la chute.

Peut-être que, sans chercher à le formuler, vous sentez déjà de quoi il est question en lisant ces lignes, comme si quelque chose en vous acquiesçait silencieusement, non par croyance, mais par reconnaissance, et si tel est le cas, alors il n’y a rien de plus à faire pour l’instant, sinon laisser cette sensation infuser doucement dans votre quotidien, jusqu’à ce que, au détour d’un geste simple ou d’un instant ordinaire, vous vous surpreniez à vous dire, sans effort et sans emphase : je me souviens.

“Avec Amour. — changer ma vie”

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Les choix d’expériences avant l’incarnation : une orientation plutôt qu’un destin